De l'absence de maltraitance à la bientraitance.

 

 

 

 

 

 

 

Un thème de réflexion, que ce soit à la maison ou au travail

En France il est aujourd'hui acquis que la maltraitance est un acte interdit qu'il faut combattre. Dans notre vision très dichotomique des choses, nous nous sommes souvent contentés de deux cases : Maltraitance - Absence de maltraitance. Heureusement les choses changent et un troisième concept est de plus en plus présent : La bientraitance. Petit à petit nous remplaçons cette idée de comportements opposés par l'idée d'un continuum qui partirait de la maltraitance pour arriver à la bientraitance. L'absence de maltraitance ne serait que le milieux du chemin.  Pour bien faire la différence entre bientraitance et absence de maltraitance, reprenons les définitions, et surtout quelques exemples :


Maltraitance : La maltraitance est un mauvais traitement (occasionnel, durable ou répété) infligé à une personne (ou un groupe) que l'on traite avec violence, mépris, ou indignité. La maltraitance implique un rapport de pouvoir ou domination entre l'auteur et la victime, qui est ainsi souvent dépendante et sans défense (merci wikipédia)

Bientraitance« La bientraitance est une démarche globale dans la prise en charge du patient, de l’usager et de l’accueil de l’entourage visant à promouvoir le respect des droits et libertés du patient, de l’usager, son écoute et ses besoins, tout en prévenant la maltraitance.

Cette démarche globale met en exergue le rôle et les interactions entre différents acteurs que sont le professionnel, l’institution, l’entourage et le patient, l’usager. Elle nécessite un questionnement tant individuel que collectif de la part des acteurs. » (source : La Haute Autorité de Santé)


Concrètement cela change quoi ? Quelques exemples pour illustrer :


Jeanne à 98 ans. Elle a encore quelques gestes d'autonomie et beaucoup de moments de lucidité, mais parfois elle ne contrôle plus trop son corps ni sa tête. Ce soir, elle a fait ses besoins sur elle. Comme elle a gigoté, quand Sandrine arrive elle en a partout.

Acte de maltraitance : Elle saoule la vieille, c'est la 3ème fois cette semaine. Elle va rester 1h ou deux dans sa merde elle fera gaffe la prochaine fois.

Absence de maltraitance : Sandrine vérifie la température de l'eau, déshabille Jeanne, la lave et la recouche.

Bientraitance : Sandrine voit bien que Jeanne est honteuse dans sa robe de chambre souillée. Elle la rassure sur le fait que ce ne soit pas grave, que ça arrive souvent dans le service et l'accompagne dans la salle de bain. Elle lui prépare de quoi se laver, une nouvelle robe de chambre et lui dit qu'elle l'attend à la porte si elle a besoin d'aide. Même si elle est très lente, Jeanne peut se laver seule, c'est qu'elle est encore pudique !


C'est l'heure de la récréation ! Dehors il fait très froid, c'est normal on est en plein hiver. Tous les enfants sont pressés de sortir jouer et se bousculent devant Lucas.

Acte de maltraitance : S'ils sont si pressés que ça ils n'ont qu'à sortir comme ils sont, et tant pis pour eux s'ils n'ont pas pris leur manteau, ça leur servira de leçon ! 

Absence de maltraitance : "Avant de sortir tout le monde enfile son manteau, son bonnet, son écharpe et ses gants. Go !"

Bientraitance : Lucas vérifie que les manches des pulls ne sont pas remontés dans les manches des manteaux, c'est désagréable. Hugo est fragile des oreilles, il l'aide à bien descendre son bonnet dessus pour ne pas qu'il tombe malade. Gabrielle déteste le froid, elle a un problème de circulation sanguine cela lui fait très mal aux mains. Lucas lui organise un petit coin pour qu'elle puisse faire sa récréation à l'intérieur.


 Lucile a un mutisme sélectif. Prendre la parole devant ses camarades ou la maîtresse est impossible pour elle et lorsqu'on lui demande d'essayer elle est tétanisée.

Acte de maltraitance : "Ca fait des mois que ça dure tes histoires, alors tu viens au tableau et tu n'en bougeras que lorsque tu te seras décidées à répondre !"

Absence de maltraitance : Il est noté dans son dossier qu'elle ne peut pas parler. On la laisse donc tranquille et on verra sur ses écrits si elle a compris.

Bientraitance : Lucile n'arrive pas à parler en public mais elle peut écrire ses réponses et les montrer à sa meilleure amie. Avec l'accord de celle-ci Lucile a maintenant une ardoise pour pouvoir écrire ce qu'elle aimerait dire, et c'est Charlotte qui lit pour elle à voix haute.


Juliette est en train de barbouiller un beau dessin avec plein de couleurs, elle est très fière d'elle. 

Acte de maltraitance : "TU EN AS ENCORE MIS PARTOUT ! NETTOIES MOI CA TOUT DE SUITE !" *froisse et jette le dessin*

Absence de maltraitance : "Quand tu as fini pense à ranger les feutres à leur place."

Bientraitance : "WAOUUUUUU il est trop beau ton dessin ! Quand tu auras fini et tout bien rangé, on cherchera ensemble où on peut l'accrocher ? 

 


J'espère que ces quelques exemples vous auront permis de mieux cerner la différence entre absence de maltraitance et bientraitance. La mise en place de la bientraitance demande de la bonne volonté personnelle mais également, lorsqu'elle se situe dans un cadre professionnel, une bonne volonté institutionnelle. En effet, elle ne peut être mise en place que :

  • par une individualisation des accompagnements, ce qui va à l'encontre de la grande mode actuelle des protocoles. Peut être que pour être bientraitants avec lui, Mathieu aura besoin que parfois on le laisse seul et sans le solliciter, alors que pour Tiphaine ce sera l'inverse. Peut être qu'Emilienne adorera qu'on lui fasse des massages alors que Marie ne supportera pas le contact physique.
  • par un taux d'encadrement suffisant pour qu'on puisse prendre le temps avec chaque personne.
  • par une réelle réflexion institutionnelle et interprofessionnelle sur le sujet. 

Cette réflexion est d'autant plus nécessaire que toutes les situations ne sont pas aussi évidentes que celles utilisées pour les exemples. William ne supporte pas les manches longues, quelle que soit la température. Que fait-on ? Lucienne refuse de se laver, elle crie et se débat. Mais elle a également des petits escarres qui risquent de s'infecter... ? Parfois nous n'avons pas de réponse idéale, nous avons besoin de tâtonner, d'essayer ensemble, avec le patient, les professionnels et de nous contenter de "faire au mieux". Mais si souvent dans le médico-social nous avons l'impression que les textes jouent sur les mots, il y a ici un vrai fossé entre ces deux concepts que nous devrions tous traverser le plus rapidement possible.


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