Le bilan psychomoteur : c'est quoi ces chiffres ?

 

 

 

 

 

Bon, j'exagère un peu, mais quand on ne connaît pas cela peut ressembler à ça.

Un peu de théorie sur le bilan psychomoteur, et plus précisément les chiffres que l'ont y trouve. Le bilan psychomoteur ce n'est pas que ça, mais c'est aussi des tests standardisés qui vont nous donner une évaluation quantitative des compétences de l'enfant. Pour cela il faut chiffrer ce que l'enfant à réalisé et bien souvent ces résultats semblent obscurs aux parents, tant dans leur lecture que dans leur mode d'obtention. Voici donc quelques clés des chiffres du bilan psychomoteur.

1 : Les tests standardisés et étalonnés

On commence déjà avec les mots qui font un peu peur :

  • On parle de test standardisé lorsqu'on contrôle les conditions de passation et les variables parasites. Par exemple : "est ce que l'enfant sait reconnaître un oiseau sur une image". Pour qu'il soit standardisé il faut que tous les enfants se retrouvent face à la même image, certains oiseaux étant plus facile à identifier que d'autres. "Est ce que l'enfant arrive à tracer une ligne dans un chemin sans dépasser ?" Il faut que les chemins proposés fassent la même taille, et que le type de stylo soit le même (avec un stylo plume c'est beaucoup plus difficile). Viser une cible ? Il faut connaître la distance, la taille de la cible et l'objet à lancer...
  • On parle de test étalonné quand le but est de pouvoir interpréter des résultats individuels dans une population de référence. C'est là qu'interviennent nos chiffres et nos calculs.

2 : Moyenne et médiane

Les deux concepts sont souvent confondus ou considérés à tord comme synonymes. Prenons par exemple 20 enfants ayant passé un test.

La moyenne correspond à la somme des 20 résultats divisés par 20. On travaillera alors sur la notion d'écart à la moyenne.

Pour la médiane on sépare les scores en 2 groupes de même quantité (dans cet exemple 10 et 10), l'un contenant les valeurs les plus petites et l'autre les plus grandes, et on regarde le score qui est au milieu. On s'intéresse alors à la dispersion des résultats.

Ok, mais les calculs, concrètement, c'est quoi ?

3 : Score brut et scores standardisés

Les tests possèdent des critères afin qu'une réponse ou une réalisation soit considérée comme juste. Certaines consignes peuvent valoir plus de points que d'autres. A la fin de la passation de l'épreuve, ces critères nous permettent de calculer un "score brut". Par exemple sur un test de mémoire : 2 points si l'enfant se souviens spontanément de l'élément, 1 point avec un indice. Imaginons qu'il obtienne 40 : c'est son score brut. Certains tests demandent des calculs pour l'obtenir. Ce score brut n'a pas de sens et n'est pas interprétable en dehors du test lui même.

 

Une fois que nous avons notre score brut, le test nous indique comment obtenir une note standardisée. Souvent il s'agit d'un tableau, parfois d'un calcul. Imaginons toujours notre test de mémoire. Un tableau est fourni avec, pour chaque âge. En prenant le tableau correspondant à l'âge de mon enfant je trouve que les scores bruts en 36 et 44 correspondent à une note étalonnée de 9. C'est sa note standardisée. Elle est interprétable sans connaître le test, la moyenne étant de 10 et l'écart type de 3. Cela permet donc de calculer un score en DS si on le désire.

 

Attention, les parents sont très souvent habitués au système scolaire et une notation sur 20. Il est important de leur préciser que cela n'a rien à voir avec ces notes.

Bon on a nos notes, on en fait quoi ?

4 : La déviation standard

La déviation standard, c'est le chiffre que l'on note "DS" dans nos tableaux. Son calcul est simple, il nécessite le score de l'enfant au test, la moyenne pour un enfant de cet âge et l'écart type qui va avec (ces deux dernières informations vous sont données dans l'étalonnage du test). L'écart type est parfois symbolisé par la lettre grecque sigma. On fait alors :

 

Reprenons notre exemple précédent où l'enfant obtient 9, avec une moyenne au test de 10 et un écart type de 3 :

9 - 10 = -1

-1/3 = - 0,33 DS


On a notre chiffre... mais on l'interprète comment ? Pour être plus claire, voici un petit dessin. Il s'agit ici d'interpréter en tant que dispersion par rapport à une moyenne :

C'est le dessin que je griffonne généralement aux parents. (Bon vous trouverez des courbes plus jolies, je ne suis pas une pro de l'informatique...)

  • De - 1DS à +1DS (en vert) c'est dans la moyenne. C'est une fourchette et non pas un score fixe car on a une variabilité des compétences chez des enfants tout venant et un même enfant peut présenter des compétences légèrement différentes d'un jour à l'autre en fonction de la fatigue... Si on teste une classe d'âge la plus part des enfants obtiendront un score dans cette fourchette.
  • Entre - 1 DS et - 2 DS (en jaune) : On voit que moins d'enfants sont présents dans cette fourchette. Sans être pathologique on entre dans une zone de fragilité. C'est important de le noter car cela peut interférer avec d'autres compétences (par exemple l'attention) ou empêcher de compenser un autre domaine déficitaire. C'est la vision globale du patient qui précisera si un travail est à mettre en place ou non.
  • Entre +1 DS et + 2 DS (en jaune) : Inversement, c'est un domaine de facilité, qui peut être un bon point d'appui pour compenser d'autres difficultés.
  • A partir de - 2 DS (en rouge): Les enfants présentant un score aussi bas à cet âge sont beaucoup moins fréquents. On entre dans le domaine du pathologique.
  • A partir de + 2 DS (en rouge): Très peu d'enfants de cette âge obtiennent ces scores, on est dans la précocité.

5 : Cas particulier : le score de dégradation

Attention si on l'utilise à l'écrit, "dégradation" est un mot qui fait peur. En fait un "score de dégradation" veut juste dire que l'interprétation des résultats est "inversée", c'est à dire que les chiffres positifs témoignent de difficultés (exemple + 2,1 DS) alors que les chiffres négatifs signent des facilités.

6 : Les rangs percentiles

Dans certains tests, comme la Nepsy par exemple, les scores standardisés renvoient à des rangs percentiles. La plus part du temps il suffit de se fier à un tableau mettant en rapport les deux scores. On se retrouve donc avec des résultats du type "Entre le 25ème et le 50ème rang percentile".

Ca veut dire quoi ?

Parler en rang percentile cela veut dire que lors de l'étalonnage, on a découpé notre échantillon de base en 100 portions de la même taille, et qu'on place les scores de notre enfant dans ce découpage. Un enfant au 40ème rang percentile fait mieux que 40% des enfants de son âge. Un enfant au 75ème rang percentile fait mieux que 75% des enfants de son âge.

En terme d'interprétation on considère généralement que :

  • A partir et au delà du 75ème rang percentile, il y a des facilités/précocités.
  • Entre le 15ème et le 75ème rang percentile il n'y a pas lieu de travailler la fonction
  • Entre le 5ème et le 15ème rang percentile nous sommes dans une fragilité. La pertinence d'aborder ou non un travail sur dans ce domaine dépend de l'évaluation globale, des stratégies de compensation et de la plainte du patient. 
  • En deçà du 5ème rang percentile le domaine est déficitaire.

 

7 : Et les quartiles ?

Les quartiles fonctionnent comme les percentiles, sauf que notre groupe de départ est découpé en 4 (et non pas en 100).

1 quart des personnes obtiennent un score inférieur au 1er quartile [Q1]

1 quart  des personnes obtiennent un score supérieur au 3ème quartile [Q3]

 

Vous pouvez le faire avec des déciles (on découpe en 10) etc... Mais personnellement je n'utilise pas de tests hors quartiles et percentiles.


Voilà, j'espère que ces quelques notions sont maintenant un peu plus claires pour vous !

Et rappelez vous, si les chiffres peuvent être nécessaires, ils ne sont jamais suffisant et doivent être remis dans le contexte global de la personne !


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Commentaires : 11
  • #1

    Etudiant Psychomot (samedi, 28 janvier 2017 22:39)

    é_é

    Comment simplifier 4h de cours en 5 min !! ;)
    Mes partiels vous disent merci !

    Bonne continuation !

  • #2

    Audrey (samedi, 28 janvier 2017 22:48)

    Un grand Merci !

  • #3

    Mariel (samedi, 28 janvier 2017 23:19)

    Merci c est complet

  • #4

    Mi (dimanche, 29 janvier 2017 05:14)

    Bonjour, je suis orthoptiste professionnelle de santé et j' ai trouvé cette petite présentation des ecartypes très interressante. J' effectue beaucoup de tests étalonnés lors de mon bilan et je suis parfois paumée lorsque je dois les expliquer aux parents . Mon 6/20 en maths au bac doit surement être à l' origine du blocage:)...Du coup je n eleir explique pas les ecartype parce que je ne suis pas à l' aise ce qui est un vrai pb
    M' autoriserez vous à utiliser votre texte imprimé pour le joindre à mon bilan?

  • #5

    Elise (dimanche, 29 janvier 2017 09:17)

    Génial et clair pour moi qui ne cite pas bcp j'ai bien envie de m'y remettre !!! Merci

  • #6

    Gwendoline (dimanche, 29 janvier 2017 13:24)

    Super article, vraiment très clair! J'utilise beaucoup de tests standardisés mais quasiment pas d'étalonnés dans Ma pratique à ce jour, je vais devoir m'y mettre et ton article va m'être bien utile!

  • #7

    Anne Laure (dimanche, 29 janvier 2017 17:48)

    Merci pour vos messages :)
    Mi oui bien sûr avec plaisir. Si vous trouvez l'occasion de parler du blog à vos parents de patients tant mieux, sinon... ben avec plaisir quand même ;p Plus l'article servira et plus je me dirais que cela valait la peine que je l'écrive :)

  • #8

    Camille (lundi, 30 janvier 2017 20:39)

    Tellement plus clair maintenant!!!
    Merci

  • #9

    Anaïs (mercredi, 01 février 2017 18:37)

    Un article efficace, merci! Je viens de le publier sur mon site à l'usage des parents qui souhaiteraient en savoir + sur ce fameux bilan chiffré...

  • #10

    Bérénice (dimanche, 19 février 2017 07:52)

    Ça fait un moment que je bosse et certaines notions restaient floues
    Merci beaucoup de m'avoir éclairée!

  • #11

    Agnès Fernandez (dimanche, 19 février 2017 18:28)

    Merci de vous être donné la peine de rédiger cela, ça peut être utile pour communiquer avec nos collègues neuropsycho, par exemple. Mais chers collègues , surtout, n'oubliez pas de rester dans cette attention intersubjective qui fait de nous des observateurs de la façon de faire plus que de la chose faite, de l'engagement corporel plus que de la compétence, de l'aisance ou de la gêne plus que de la performance. " La Ymot ne s'intéresse pas à la motricité en tant que telle, mais à ce qu'elle représente" Ajuriaguerra. C'est la personne entière engagée dans son corps, celui-ci étant plus ou moins au service des projets du sujet grâce à l'épanouissement suffisant de ses fonctions et de ses capacités relationnelles, dans son environnement.
    Le bilan psychomoteur, c'est avant tout une rencontre, n'est-ce pas ?
    Comme vous dites : "dans le contexte global de la personne "