S.O.S. peur du noir

 

 

 

 

 

 

Ou : "Mademoiselle S. est une super aventurière"

Dans les peurs récurrentes des enfants (et parfois des grands) on retrouve, bien placée, la peur du noir.


Pourquoi ça ?

Deux éléments de réponse :

 

  • Ce n'est pas tant le noir qui fait peur mais ses conséquences. Cela paraît bête à dire mais cela change complètement l'approche du problème car on ne cherche plus « comment éliminer le noir » mais plutôt « comment faire avec ». Quant on est dans le noir on ne voit plus, donc on n'anticipe plus ce qui peut arriver, ni nos possibilités d'action. Chaque bruit peut signifier la venue du monstre-du-placard, chaque silence se rempli de craquements. Et si c'était un voleur ? Pas moyen de vérifier ni de fuir. Si en prime on est dans un lit à barreau on a peut être pas les moyens d'exprimer consciemment qu'on a peur que quelque chose surgisse du noir, mais on comprend très bien que l'on est coincé. Mais quand les parents sont à côté, qu'il n'y a jamais eu d’événement traumatique dans le noir, d'où ça sort tout ça ? On en arrive au second point
  • Il y a quelques mois je lisais dans un article "nos enfants ont 100 000 ans". C'est une phrase qui m'a beaucoup faite réfléchir dans mon rapport à Mademoiselle S. et qu'on devrait toujours garder dans un coin de notre tête face à un enfant. Par exemple, en général, les enfants en âge de se balader n'aiment pas les légumes verts, parce qu'à l'époque où l'homme habitait dans des cavernes , les petits qui boulottaient toutes les plantes qui passaient n'arrivaient pas forcement à l'âge adulte, la plupart étant toxiques. Pour le noir c'est la même chose, les enfants qui sortaient se promener dans la nuit ou qui entraient dans une tanière "pour voir" n'avaient que peu de chance d'avoir eux même une descendance. La nature a méticuleusement (et un peu sauvagement) sélectionné les comportements nécessaires à notre survie, à savoir : il fait tout noir -> ça craint -> je me colle à un adulte protecteur.

Alors oui c'était il y a très longtemps et on ne prend plus trop de risques en ouvrant une boite de petits pois, mais l'instinct peut être tenace. Ces traits s'atténuent et certains enfants dévorent leurs haricots et pourraient passer la nuit dans le jardin avec plaisir mais pour d'autres c'est beaucoup plus compliqué. Et ce n'est pas du caprice, ce n'est pas une stratégie et encore moins pour pourrir notre soirée devant netflix. C'est 100 000 ans d'instinct qui leur hurle qu'ils sont en danger.


Ok on fait quoi alors ?

Déjà on accueille son ressenti. L'idée est :

  • De ne pas le nier. Dire « mais non c'est bon, pas de raison alors arrête d'avoir peur » ça n'a jamais guéri aucune phobie à ma connaissance. Si en plus on rajoute « ne soit pas ridicule » le risque est que l'enfant n'ose plus parler de sa peur pourtant toujours bien présente.
  • Mais de ne pas non plus le conforter dans sa peur. Se précipiter en disant « oulala oui ça fait TRES peur le noir, même des grands ont peur du noir ! Viens vite me voir » d'un air alarmiste risque de laisser sous entendre à l'enfant qu'il a raison d'en avoir peur.
  • De rassurer et de mettre des mots à choisir selon l'âge de l'enfant. « Je vois que tu as très peur dans le noir, car tu... (es tout rouge/tout contracté/ton cœur bat très vite...) mais je suis là, tu es en sécurité et on va chercher une solution pour que tu n'ais plus peur » par exemple.

 

Bien entendu on évite absolument le "je te mets dans le noir pour que tu vois qu'il ne se passe rien". Encore une fois l'enfant va finir par ne plus appeler par "désespoir" parce que de toute façon ça ne sert à rien. Mais son angoisse sera toujours la même, voire pire. Cela revient à jeter un enfant qui a peur de l'eau dans une piscine pour lui montrer qu'il flotte ou qu'il a pied.

Ensuite on supprime les conséquences du noir. Cela peut être en expérimentant que si Juliette appelle papa ou maman, ils viennent. Au début il est important de venir de suite, même 15 fois d'affilé. Beaucoup de parents me disent qu'ils ont peur que l'enfant "abuse" de ces appels, en fait on leur montre juste qu'ils ont la possibilité "d'invoquer" leurs parents en cas de besoin (ben oui, la peur, c'est un besoin). Une fois qu'ils en sont sûrs, ils n'ont plus besoin de le faire (ou c'est qu'autre chose ne va pas). On peut déjà le faire en journée, comme un jeu (tu appelles au choix papa ou maman), le tester le soir... en tout cas y aller progressivement.

On peut également fournir une source de lumière pour quand l'enfant a besoin de "vérifier". Mademoiselle S. a une veilleuse portable et des lampes qui s'allument lorsqu'il y a du mouvement dans la chambre, elles aussi portables. Les rares soirs où elle a besoin de nous rejoindre, elle attrape une de ses lampes et vient jusqu'à nous sans crainte.

Enfin on peut apprivoiser le noir, en faire un jeu. Chez nous c'est Papa-le-geek qui s'est lancé spontanément dans cette mission. Au début ils ont joué à "on va surprendre maman". A 4 pattes, de meuble en meuble, ils traversaient les pièces en faisant "chuuuut" et en criant "BOUH" arrivés derrière moi. Une grand moment de jubilation pour Mademoiselle S. devant ma surprise (à moi l'actor studio). Puis ils ont continué à partir "à l'aventure", en traversant des couloirs juste éclairés par la lumière de la chambre suivante, à venir me surprendre dans la demi lumière du matin... Toujours autant de rires pour Mademoiselle S. Et finalement ils explorent des pièces plongées dans le noir à la lumière d'une lampe torche ou d'une veilleuse. Ils évitent des obstacles, recherchent des trésors-doudou. Et Mademoiselle S. n'a pas peur, elle a apprivoisé le noir, c'est une aventurière. 

L'important dans cette histoire est l'aspect ludique, partagé et progressif. Jamais il ne l'a forcée à entrer quelque part où elle ne voulait pas. C'est toujours resté un jeu, avec la fierté de franchir toujours un peu plus de nouvelles étapes, de faire de nouvelle découverte et la certitude qu'à tout moment, si on le veut, il suffit de demander pour que la lumière se rallume.


J'espère que ces quelques éléments auront parlé à certains d'entre vous! 

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